| Un peu de... toi | |
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Mardi 26 décembre 2006 - 03:12
Il faut croire que ni cette bronchite pas mal soignée, donc violente, ni ces trois nuits blanches en dix jours, plus occupé à vomir des milliers de lignes de code PHP qu'à dormir, ni le retard considérable pris sur à peu près tout, des projets à boucler avant la fin de l'année aux préparatifs asiatiques, ni ce petit souci d'anosmie passagère qui dure, ni le mouvement social sur ma !@# de ligne de métro quand j'ai déjà une bonne heure de retard, ni le cerveau GPS du taxi qui situe le boulevard Malesherbes à deux rues du Trocadéro, ni greluche qui passe vingt minutes à prendre son billet dans un automate de la SNCF en se trompant dix fois sur la même question et en refusant froidement toute aide extérieure, ni la bonne humeur mielleuse des parisiens - forcément nonchalants - n'auront réussi à me faire rater ce train pour Strasbourg, ce même train qui va me ramener à une famille éclatée, disloquée, et un peu perdue de vue, pour l'habituelle mascarade de noël, cette très bonne excuse pour se revoir.
Gare de l'est, pas si en retard que ça, je prends trois minutes pour prendre un café, un gamin de trois ans m'offre un sachet de sucre: tiens, c'est pour toi, cadeau, merci, c'est gentil, la mère s'excuse -- mais bonnes fêtes. Plus tard, dans le train, une demoiselle presque entièrement recouverte de tatouages au henné -- salut -- c'est joli -- merci -- s'assied en face, se déchausse, se couvre d'une couverture orange visiblement plus que douce - cachemire ou autres, va savoir, juste une impression de douceur - me lance un sourire timide, ferme les yeux, et s'endort presque instantanément. Une heure après le départ, un inconnu s'approche et lui lance un très sec c'est ma place, sans préliminaires aucunes, son billet de train tendu en forme de justification, sans contestation possible. Sans un mot, elle enlève sa couverture, se rechausse, et part s'asseoir ailleurs. Puis, au fil de l'eau, un plan d'eau gelé, penser en noir et blanc aux photos hallucinantes à faire de cette campagne froide, grise, brumeuse, qui défile à 120 kilomètres-heure; en parallèle, les paroles d'I Cry, de Lamb. One day I met a precious soul Whose words had touched my heart His poetry resounded so It tore my soul apart But when I tried my thoughts to speak Emotion made my mind so weak And time stood still for years and years I bathed him in my tears I cried, I cried Tears of joy tears of pain I cried, I cried Tears of love again and again Some people turn to pills and things To help them through the day To take them up or down or just To ease the blues away But me I really want to feel The ups and downs of life so real Happy or sad emotions reign My tears flow just the same Gonna burn so completely I leave no trace Though so many out there would laugh in my face For wearing emotion so close to the skin Condemn me they might if to love's such a sin (...) Plouf. Tout à fait involontairement, renverser l'infect café SNCF sur son nouveau voisin d'en face. Vraiment involontairement: les poubelles de table des wagons de seconde classe n'ont pas de fond, tes ordures te tombent sur les pieds, ou sur ceux de ton voisin, encore fallait-il le savoir. Aux toilettes, ni eau, ni savon, ni papier pour le voyageur usager client, c'était donc ça, la diminution des déficits. S'endormir avec les Gymnopédies d'Erik Satie. Au réveil, la demoiselle aux tatouages a repris sa place. À l'arrivée, une odeur de neige, sans neige, juste du froid, la plus jolie petite soeur du monde, une autre tout aussi jolie, qui s'ouvre peu à peu, un paternel à l'ouest d'une énième rupture avec dommages collatéraux, trois ou quatre fêtes de famille - pour éviter que ceux qui ne doivent pas se croiser ne se croisent - bouffer boire bouffer boire boire dormir bouffer bouffer boire boire bouffer boire. (Lamb - I Cry)
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