| Un peu de... toi | |
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Mercredi 17 mai 2006 - 15:38
Les marronniers transforment depuis quelques semaines le boulevard de Sébastopol en une opaque rivière de feuilles, figée dans un lit de pierre de taille, la métaphore est facile mais le cadre réellement agréable; sur les balcons, au soleil, cigarettes allumées, il me demande pourquoi cette fille se confie à lui, pourquoi elle ne garde pas sa personne-à-oublier et ses démons pour elle, et puis pourquoi lui?
Alors je lui réponds exactement ce qu'il veut entendre, et il enchaîne sur ses vingts ans, sur sa première grosse déception amoureuse qu'il préfèrait garder pour lui, et sur le pigeon téméraire, qui, quatre étages plus bas, picore je sais pas quoi en plein milieu de la chaussée, s'envolant à la dernière seconde à l'arrivée d'un quelconque véhicule, et retournant invariablement picorer son je ne sais pas quoi après le passage dudit véhicule. Mais mes pensées sont ailleurs; elle surgit, Tristesse; je repense à ces âmes qui se croisent et se décroisent à l'infini dans cette grosse bulle de suie, se perdent de vue au gré des mouvements d'affinités et d'amitiés, des prises de distance, inconstances et invitations non réciproques qu'on finira par ne plus renouveller, inimitiés viscérales et autres effets de groupe(s). Elle surgit, donc, Tristesse, unilatérale, l'électron libre tendance incontrôlable a décidemment bien du mal à trouver sa place dans cette grande ville qui pue; mais.. même si les short cuts mériteraient bien d'être développés, et leurs liens étoffés, il faut toujours se méfier des mots, non? C'est certainement nécessaire, oui, retour à de futiles préoccupations plus terrestres, quatre étages plus bas, le pigeon téméraire n'est plus qu'un vague mélange rougeâtre d'os et de plumes, informe bouillie de sang et d'organes aux reflets blancs et gris, c'est la vie; en quelques minutes, le ciel se couvre, le vent se lève, et mon téléphone choisira de sonner à l'instant précis où les premières gouttent se mettront à tomber, annonçant l'imminence d'un inévitable grondement de tonnerre et la conclusion si prévisible d'une conversation tout aussi prévisible. Spleen. Se croisent et se décroisent...
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