| Un peu de... toi | |
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Lundi 15 janvier 2007 - 23:36
Et cette scène qui revient, se rejoue malgré tout, d'un coup, sans trop que je sache pourquoi, pour la première fois depuis bien longtemps, cinq ans jour pour jour, cette scène qui envahit l'esprit, sans prévenir, avant de disparaître aussi brusquement qu'elle ne s'est imposée.
Un hôpital, murs blancs, sol aseptisé et lisse, ambiance chuchotements, un claquement de porte au loin, des bruits de pas résonnant dans les longs couloirs vides, et, là, cette famille réunie malgré tout ce qui peut séparer ces parents, grands-parents, frères et soeurs, cousins, oncles et amis proches, tous venus pleurer le départ brutal d'un être venu au monde bien trop tôt, là, dans cette salle fleurie, silencieuse, assis en demi-cercle, pour une cérémonie funèbre, rituel macabre, oraison de foi et baptème posthume. Tous retiennent leurs larmes, forts et droits, résignés, et puis, imprévisible, irrépréssible, ce hurlement, ce hurlement de coeur, cette plainte poignante tout droit venue de ses entrailles, sans artifices, déchirement profond et cri de douleur comme je n'en avais jamais entendu, comme j'espère ne jamais en réentendre, rendez-moi mon bébé, elle se jette sur le coffin de bois verni trônant devant elle, déclic contagieux, il la prend dans ses bras, une pulsion humaine, oui, c'est humain, et toutes ces âmes réunies d'un coup dans un flot de sanglots enfin relâchés, pas mal à l'aise, non, juste là, à leur place, c'est naturel, normal, et ce con, ce con d'aumônier, juste derrière son pupitre, à quelques mètres, mais si loin de tout ça, qui dit, sans la moindre émotion, sans la moindre pudeur, ça ira, certainement blasé de ces situations qui peuvent détruire à peu près n'importe qui, sincèrement convaincu de pouvoir apaiser les esprits, de pouvoir disperser un peu de cette amertume pesante, étouffante, insoutenable. Ne restent d'Anthony que cette scène d'une précision déconcertante, et l'image d'un Polaroid flou, gravée à vie dans un recoin de mémoire, souvenirs amers de ce qui peut probablement arriver de pire à une mère: perdre son enfant.
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